Incipits

Voici quelques débuts de mes nouvelles du recueil A CONTRE AMOUR, ainsi que l'incipit du conte breton LES SEIGNEURS DE L'AVEN.

 

SAFIAH :

 

 

***

Ainsi s'achève dix années d'amitié… Un retour de courrier, un beau matin froid et ensoleillé de fin février. « Lettre non distribuable », explique laconiquement une étiquette autocollante, sur laquelle la main du fatidique facteur a coché en noir la case « boîte non identifiable » …

En somme, tu t'es évanouie quelque part dans ce monde. En somme, te voici inconnue à cette adresse, ce dernier domicile connu où je t'avais écrit une ou deux fois. Mais les liens se distendaient déjà…

Comment t'en vouloir ? Tu es une héroïne, Safiah. Une héroïne discrète de la société d'aujourd'hui. A toi seule, tu as fait bouger plus de lignes, combattu plus de préjugés que ceux qui s'en prévalent dans les journaux.

Les héroïnes s'évanouissent lorsqu'elles en ont fini de l'aventure ; seul le voyage est digne d'intérêt. Le conte se referme toujours sur le mariage de la princesse et du chevalier, jetant un voile pudique sur une banalité qui ne regarde plus qu'eux. Justement, toi aussi, tu viens de te marier. Sans doute seras-tu heureuse et avec de beaux enfants.

 

J'ai cheminé longtemps à tes côtés, au cours de ton voyage. A présent que tu es arrivée, nos routes se séparent, je cède le pas. Compagnon de route, cela me va très bien.

***

 

 

L'ESCALIER DES DUNES :

 

1

Combien de temps cela durerait-il encore ? Le visage appuyé sur la haute vitre de la fenêtre du salon sur laquelle ruisselait la pluie glacée de janvier, Anaïs sentait son âme secouée par de violents soubresauts. Elle voyait poindre cet instant terrible où elle ne pourrait plus rien endurer, où le moindre mot, le bruit le plus infime lui deviendraient insupportables. Qu'adviendrait-il alors? Alors, elle se trouverait dans une impasse si étroite, qu'il lui faudrait en briser tous les murs pour pouvoir enfin respirer. Il est un point de non-retour où le désir imprime sa force à la volonté jusqu'à en obtenir satisfaction.

LES SEIGNEURS DE L'AVEN

1

 

L'Aven Stêrwenn

Qui n'a jamais arrêté ses pas sur les rives de l'Aven Stêrwenn, n'a jamais eu connaissance du plus bel endroit au monde.

Imaginez une rivière blanche aux reflets bleus, dont les nuances varient selon les saisons et qui sert de miroir au ciel ; une rivière aux eaux vives et abondantes, tout droit jaillies des chaos granitiques ; une rivière puissante, libre, embellie par les méandres de son cours, les anses dissimulées et ceinte de vastes forêts d'où émergent çà et là les tourelles et les donjons des châteaux de la Seigneurie ; envisagez tout ceci et vos yeux verront se dessiner un paysage si beau, que seules les mains artistes de Nature ont pu l'ouvrager.

Cependant, il n'est pas aisé de contempler un tel spectacle ! L'Aven Stêrwenn se dissimule si bien dans son lit, que nul ne peut y parvenir sans courir de graves dangers. L'océan seul a ménagé une porte d'entrée sur notre rivière. Encore est-elle bien celée, et ce n'est pas sans de longues errances qu'elle se dévoile aux éventuels voyageurs étrangers. Si vous m'en croyez, acceptez moi comme votre guide, et ne venez ici qu'en imagination...

Ma famille est née de ce pays, comme toutes celles qui le peuplent. La vie y est intimement liée à notre chère rivière.

Son eau nous baptise, sa musique éveille nos sens, ses couleurs nous forment à la beauté, son mouvement règle le cours du temps ; elle est notre corne d'abondance jusqu'à ce que son silence nous ensevelisse.

Avant que d'en venir à l'essentiel, le conte doit effectuer un détour aux origines de notre pays.

 

 

 


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